Exposition: Sade, attaquer le soleil

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Le marquis de Sade est un artiste de la fin du XVIIIème, début du XIXème siècle qui a bouleversé l'histoire des arts notamment celle de la littérature.

L'exposition "Sade, attaquer le soleil" au Musée d'Orsay du 14 Octobre 2014 au 25 Janvier 2015 propose l'éclairage de certains tableaux, sculptures, oeuvres... selon des textes de l'écrivain.

"L'oeuvre du "Divin Marquis" remet en cause de manière radicale les questions de limite, proportion, débordement, les notions de beauté, de laideur, de sublime et l'image du corps. Il débarrasse de manière radicale le regard de tous ses présupposés religieux, idéologiques, moraux, sociaux.

Suivant l'analyse d'Annie Le Brun, spécialiste de Sade et commissaire invitée, l'exposition met en lumière la révolution de la représentation ouverte par les textes de l'écrivain. Seront abordés les thèmes de la férocité et de la singularité du désir, de l'écart, de l'extrême, du bizarre et du monstrueux, du désir comme principe d'excès et de recomposition imaginaire du monde, à travers des oeuvres de Goya, Géricault, Ingres, Rops, Rodin, Picasso, ..." (extrait de la présentation générale sur le site du Musée d'Orsay.)



Le caractère violent de certaines oeuvres et certains documents est susceptible de heurter la sensibilité des visiteurs.

Horaires d'ouverture du musée : de 9h30 à 18h le mardi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche; de 9h30 à 21h45 le jeudi

Tarifs: gratuit tous les premiers dimanche de chaque mois !!!
8,50 euros à partir de 16h30, le jeudi à partir de 18h pour le nocturne
11 euros plein tarif
voir détails pour les tarifs et les conditions sur le site rubrique billet d'entrée



Visite guidée de l'exposition "Sade, attaquer le soleil" par Noëlle Châtelet



Un certain regard psychomoteur ...

L’influence de Sade se décline dans tous les arts : cinéma, photographie, peinture, sculpture, essai littéraire, etc. Par ces divers médias elle atteint directement les sens du spectateur: l’ouïe, la vue. Les œuvres évoquent aussi le toucher. Les mains du spectateur sont attirées et révulsées par ces corps
tourmentés inscrivant, dans l’espace d’une sculpture ou celui d’un tableau, un érotisme insupportable. Enfin, le goût a également sa place, par cette âpreté significative de la salive, difficilement déglutie devant la fascinante monstruosité du marquis.

Sade n’est pas à l’origine du sadisme. Il n’en est que le metteur en scène. Jouir de la souffrance de l’autre, renvoie à un état bien plus archaïque et antérieur à 1740, année de sa naissance. La notion de jouissance même, par la souffrance de l’autre de surcroît, est plus complexe que la simple étude de cas du marquis. Elle pose un conflit éthique et le spectateur est convié à en éprouver les tiraillements. En effet, personnages, auteurs et visiteurs viennent jouir du spectacle d’autrui malmené et humilié, violé dans son altérité : l’autre est soumis au désir dévorant de son tortionnaire qui peut en disposer sans en ressentir les limites. Ces pratiques et attaques à l’autre ne sont pas sans rappeler l’avidité, décrite par Mélanie Klein comme « marque d’un désir impérieux et insatiable, qui va au-delà de ce dont le sujet a besoin et au-delà de ce que l’objet peut ou veut lui accorder »1.

Voir l’influence de Sade au Musée d’Orsay c’est aussi se délecter de la sublimation de pulsions toutes plus agressives, incisives et torturées les unes que les autres : Corps morcelés, démantelés, écorchés, déchirés, torturés, imbriqués, toute la puissance de la jouissance sadique y est représentée. Si Sade fascine autant les artistes, c’est qu’il les libère de tout interdit. Ainsi, dispensé de toute censure, l’art explose, jaillit et son foutre se répand sous forme de pigment, de glaise et d’encre. Quelle place alors pour le Sur-moi dans le psychisme sadien ?

Sade c’est avant tout la conquête du corps, de ses limites et possibilités. Le corps de l’autre est le jouet de multiples expériences, il est le support de toute son élaboration imaginative. Il n’a pas le souci d’autrui, son désir souffre peu de limites : attaquer le corps, le repousser dans ses retranchements, tester ses résistances. Le corps est percé, écorché, violé, désolidarisé de ses fonctions premières, démantelé. Le moi-peau décrit par D. Anzieu2 brille ici par son absence : la peau n’est plus maintenante, contenante, pare-excitante. Le sexuel y fait effraction, le libidinal étouffe le corps, vrombit d’un excès d’excitations. L’individu objectalisé perd toute identité. Dans la philosophie sadienne, la morale est mortifère, se fait la censure de l’expérience et est en conséquence un obstacle à abattre.

Chez Sade, l’altérité pose question. Au fil des tableaux, on devine néanmoins l’existence d’un romantisme, sous son versant torturé, impossible, conduisant à une plus grande souffrance : toute puissance amoureuse, domination, jalousie, vengeance etc. D’ailleurs, ceci n’est pas sans faire écho au premier amour jamais consommé du marquis, ayant éveillé chez lui un désir non assouvi. Egalement, l’homme soumis aux lois de la Nature et de la Poésie apparaît dans ce contexte du 19e siècle et du romantisme naissant : branches déchirées, fourrures ensanglantées, odeur de mousse et plaisirs étranges, intransigeants.

Dans la pensée du marquis, l’homme semble seul, tyran magnifique, pris dans un ordre autre que le nôtre et totalement immanent. Le reste, les constructions humaines, la transcendance divine ne sont qu’hypocrisie et artificialité : « Tu ne prononceras plus le nom de cet infâme Dieu que pour le blasphémer et le haïr. L’idée d’une telle chimère est, je l’avoue, le seul tort que je ne puisse pardonner à l’homme »3 déclare-t-il dans ses écrits. Ainsi, l’amour divin s’expose aussi : des guirlandes de martyrs, attaqués à vif pour avoir défendus leur foi en un Dieu inexistant, sont pendues ici et là. Le marquis, puissamment athée s’en délecterait sûrement.

Au travers des différentes salles de l’exposition dédiées à l’influence sadienne (de ses contemporains à nos artistes actuels), le visiteur traverse une multiplicité de formes de sadisme : du mythe religieux à la dissection anatomique en passant par le libertinage et le romantisme. Sade vient nous déranger en éveillant des désirs si peu formulables avec leurs vérités intrinsèques. Oui le plaisir déforme la matière, manipule la chaire. On sent chez Sade une volonté de transformer le sujet, corps et âme.

Petite bibliographie

1 Klein M. 1957. Envie et gratitudes et autres essais, tel Gallimard, p18

2 Anzieu M. 1995. Le Moi-Peau, Paris, Dunod

3 Sade 1801 Histoire de Juliette


Céline Blanquet et Clément Drouet
psychomotriciens


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