Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon

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Résumé du livre


Ce résumé ne spoil pas l'histoire

Christopher Boone vit avec son père dans une petite ville anglaise où d'ordinaire rien ne se passe. Un matin, il découvre Wellington, le chien de sa voisine, couché sur la pelouse, une fourche plantée dans le ventre. Il décide alors d’enquêter sur ce "bizarre incident du chien pendant la nuit". Il transcrit chaque détails de son enquête dans un carnet, et tente de le rédiger comme un roman policier à l’image de Sherlock Holmes son modèle.

Christopher Boone est un adolescent particulier. Il est âgé de "15 ans, 3 mois et 2 jours", il connaît tous les nombres premiers jusqu’à 7507. "Les nombres premiers sont ce qui reste quand on a épuisé tous les modèles. Je trouve que les nombres premiers sont comme la vie. Ils sont tout à fait logique, mais il est impossible d'en trouver les règles, même si on consacre tout son temps à y réfléchir". Le jeune garçon est particulièrement intelligent mais certaines choses lui échappent. Il ne sait pas décoder la gestuelle et les mimiques des autres humains. Isolé, Christopher consacre ses journées à son école spécialisée, sa maison et à ses occupations ritualisées.

Son enquête va alors le pousser hors de son délicat quotidien si mécanique et protocolisé. Son monde, avec ses repères immuables, va en être bouleversé. Au-delà du mystère de l'assassinat de Wellington, ses investigations vont le conduire à la découverte de son histoire familiale. En chemin, il va révéler des ressources insoupçonnées pour faire face à l'inconnu, aux imprévus et explorer un environnement loin de celui qu’il s’est construit.

Mark Haddon fait entrer le lecteur dans la tête de Christopher par son regard franc, méthodique et objectif. Écrit à la première personne et ponctué de schémas, d’équations, plans, dessins, le récit prend parfois une tournure incongrue et drôle. En découvrant le fil associatif de Christopher, si éreintant et troublant, le lecteur partage les stratagèmes obsessionnels qui aident le narrateur à ordonner les événements selon des règles bien précises. Le lecteur s’amuse ainsi à redécouvrir la société avec un regard neuf, pragmatique pour prendre du recul sur les choses. Dans sa quête initiatique, Christopher devient un héros qui est en quête de sens;  le sens de son histoire, le sens de la vie.


Un certain regard psychomoteur sur ce roman:


Les sensations

Par ses descriptions détaillées, Christopher nous plonge dans un univers où tous les sens semblent être en éveil et distincts. Il perçoit un monde fragmenté et terrifiant. Ainsi, il cherche des moyens pour ôter certaines sensations : "J'aime bien quand il pleut à verse. On dirait qu'il y a du bruit blanc partout: c'est comme le silence, mais ce n'est pas vide". Ce démantèlement sensoriel est à son paroxysme lorsqu’il décide de prendre seul le métro londonien. Dans le train, il narre les odeurs, les bruits inhabituels, tous les panneaux qui semblent l’assaillir. « J’ai grogné pour empêcher le bruit d’entrer ». 

Le lecteur suit son raisonnement, le cours de ses pensées rationnelles, collées à la réalité. Mais, ce fil associatif est troublant, éreintant souvent vertigineux. « C’est très fatigant pour moi de me trouver dans un endroit nouveau, parce que je ne peux pas m’empêcher de voir tout ». Souvent fascinant par son intelligence, on découvre également comment Christopher est enfermé dans un monde intrusif qu'il ne comprend pas. 

 

 Les manifestations anxiogènes

 Phobies
Christopher liste ses "problèmes comportementaux"comme "ne pas aimer qu'on me touche" ou " ne pas aimer être dans des endroits vraiment petits avec d'autres gens".
Il présente également des particularités alimentaires qui semblent s’apparenter à des phobies. Il ne supporte pas les aliments jaunes ou bruns et lorsqu’ils se touchent dans l’assiette. 

Face à ses difficultés, il cherche à les contourner par des stratégies à appliquer systématiquement. Il évoque ses conduites d’évitement, ou comment il attribue des significations à des évènements aléatoires afin de créer une logique à l’imprévu car le moindre changement est perçu comme une menace. Ses obsessions semblent l’aider à tenir à distance ses angoisses.

Angoisses
Christopher est en proie à des angoisses massives qui surviennent particulièrement dans des lieux inconnus ou lorsqu’une situation échappe à sa logique absolue. "J'ai passé tout l'aprem dans un coin de la bibliothèque à grogner, la tête enfoncée dans l'angle des 2 murs. Comme ça, j'étais en sécurité et je me suis senti plus calme." Par son cartésianisme à toutes épreuves, Christopher élabore un sens aux évènements pour ne pas se laisser surprendre par les changements et les imprévus anxiogènes. « J’ai dit que j’aime que les choses soient en ordre. Et qu’être logique est une manière de mettre les choses en ordre »... « M. Jeavons m’a demandé si ça me donnait une impression de sécurité, … et j’ai dit que oui. »

Par la structure du récit, le lecteur partage ses angoisses, son isolement et ses mécanismes de défense qui sont certes efficaces mais extrêmement rigides.Les procédés littéraires de la première personne, des phrases longues, les digressions avec schémas donnent une voix distanciée face aux péripéties et participent au sentiment d’isolement. Les digressions sur des problèmes mathématiques, des allers-retours sur les liens avec les sciences, les souvenirs froids montrent une réalité sans relief et dénuée d’affects.

Angoisses corporelles archaïques
Le narrateur évoque des difficultés à habiter son corps. Il ne supporte pas le contact et créée avec ses parents un code acceptable pour faire un câlin : se toucher les mains, les doigts en éventails.  

Christopher raconte ses manifestations d’angoisse : "J'avais envie de vomir ... J'avais le vertige. J'avais l'impression que la chambre se balançait d'un côté à l'autre, ... et je me suis laissé tomber sur le lit et je me suis roulé en boule. J'avais mal au ventre ...". Ces vécus apparaissent comme des angoisses de chute où tous les repères sont bouleversés.Lors d’un passage où il évoque des souvenirs de son enfance il explique "Et elle a sauté en arrière. Elle a disparu sous l'eau et j'ai cru qu'un requin l'avait dévorée. J'ai hurlé...". Ces angoisses de dévoration peuvent évoquer également des difficultés de l’ordre de la permanence de l’objet.

Autisme Asperger

L’auteur nous laisse parcourir le roman dans la tête d’un adolescent particulier sans préciser le diagnostic de ses troubles. Christopher apparait certes surdoué mais également bizarre et isolé. Il semble présenter les signes d’un adolescent autiste de haut niveau également nommé « syndrome d’Asperger ». 

Le syndrome d’Asperger est une « variété d’autisme infantile associée à des performances exceptionnelles dans certains domaines tels que la mémoire » (Dictionnaire des termes de médecine, 2002). Il est généralement reconnu comme faisant partie des troubles envahissant du développement (TED) qui affectent la personne dans trois domaines principaux. La triade autistique regroupe les troubles de la communication orale et/ou non verbale, les troubles des interactions sociales et les centres d’intérêts restreints.

La CIM 10, liste de classifications médicales publiée par l’OMS, le désigne comme un « syndrome de validité nosologique incertaine, caractérisé par une altération qualitative des interactions sociales réciproques, semblables à celle observée dans l’autisme, associée à un répertoire d’intérêts et d’activités restreints, stéréotypés et répétitifs. Il se différencie de l’autisme essentiellement par le fait qu’il ne s’accompagne pas d’un retard ou d’une déficience du langage ou du développement cognitif ».

Le DSM IV, de l’ l’Association Américaine de Psychiatrie (APA), définie ce syndrome par :

    - L’altération qualitative des interactions sociales (comme les difficultés pour utiliser les codes sociaux de la communication non verbale : contact visuel, mimique faciale, les postures et gestes, incapacité à établir des relations avec ses pairs, à partager spontanément ses plaisirs, ses intérêts ou ses réussites avec un manque de réciprocité sociale ou émotionnelle). Dans le roman, Christopher se montre isolé par rapport à ses pairs et évoque leurs comportements incongru à son égard. "Quand j'étais petit, je ne comprenais pas que les autres avaient un cerveau." La palette émotive du garçon est très réduite. Seule la colère se manifeste par des grognements.

-  Caractère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements, des intérêts et des activités ( comme des centres d'intérêt restreints, rituels immuables, ...). Christopher s'intéresse surtout aux modèles mathématiques et physiques. Les chapitres de son roman policier son numérotés par des nombres premiers.

- La perturbation entraîne une altération cliniquement significative du fonctionnement social, professionnel, ou dans d'autres domaines importants. Les tentatives de l’adolescent pour organiser, protocoliser ses conduites et éviter tout évènement inattendu, mettent à distance les autres. 

- Il n'existe pas de retard général du langage significatif sur le plan clinique. Christopher utilise le langage uniquement pour son utilité descriptive, rationnelle. Il ne comprend pas les expressions métaphoriques qui sonnent pour lui comme des mensonges. 

- Au cours de l'enfance, il n'y a pas eu de retard significatif sur le plan clinique dans le développement cognitif ni dans le développement, en fonction de l'âge, des capacités d'autonomie, du comportement adaptatif (sauf dans le domaine de l'interaction sociale) et de la curiosité pour l'environnement. Christopher est un adolescent particulièrement intelligent : "être intelligent, c'est regarder comment les choses se passent et s'en servir pour découvrir quelque chose de nouveau" (p 51). Il excelle en physique et va passer l’équivalent du Bac en Mathématiques. Ainsi, pour tenter de comprendre ce qui est arrivé à Wellington, Christopher enquête, élabore des schémas, des diagrammes, des formules mathématiques. Son raisonnement hypothético-déductif suit une logique rationnelle sans faille. 

- Le trouble ne répond pas aux critères d'un autre trouble envahissant du développement spécifique, ni à ceux d'une schizophrénie.

Il semblerait que le « syndrome d’Asperger » ne figure plus dans la nouvelle classification DSM V de Mai 2013, suscitant de nombreuses critiques.



Vous pouvez trouver le roman sur:

 Un petit quizz sur le roman (après l'avoir lu bien sur!!) 

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