Interview de Denis Grabot - Directeur de l'IFP de Bordeaux

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Denis GRABOT,
Psychomotricien, psychologue, sociologue, directeur de l’IFP de l’Université de Bordeaux

Interview réalisée le jeudi 18 février 2016, dans le bureau de M. GRABOT, au sein de l’Institut de Formation de Psychomotricité de Bordeaux, par Thibaut P., étudiant en troisième année de psychomotricité.



« Question importante » : Pouvez-vous nous raconter votre parcours dans  les grandes lignes ? (Année du diplôme et école de formation, premiers  postes, …)

Denis GRABOT : J’ai commencé par la formation en psychomotricité, j’ai eu mon Diplôme d’État en 1982.

Quel était le sujet de votre mémoire ?
DG :    La communication non-verbale. Mais à cette époque les mémoires n’avaient rien à voir avec les mémoires d’aujourd’hui, on disposait de très peu de données bibliographiques. On n’avait pas cette armoire d’ouvrages sur la psychomotricité qui existe aujourd’hui. Des textes, comme ceux d’Ajuriaguerra, existaient mais étaient peu accessibles.
Puis j’ai effectué mon service militaire comme le faisaient à l’époque les jeunes hommes.
À mon retour j’ai eu ma deuxième année de psychologie (DEUG). Puis, après la licence et la maîtrise, j’ai eu mon DESS (bac+5) de psychologie du travail en 1987.
J’ai alors commencé à travailler comme psychologue au Centre Hospitalier Charles Perrens dans le service de psychiatrie du Professeur TIGNOL, alors directeur de l’IFP de Bordeaux.
C’est en 1989 que je suis devenu directeur technique de l’IFP de Bordeaux..
J’ai obtenu par équivalence le diplôme de Cadre de santé, suite à sa création en 1995
J’ai été ensuite vers un Diplôme d’étude approfondie de sociologie que j’ai obtenu en 1997 pour continuer vers une thèse de sociologie sur les psychomotriciens : L’émergence de la profession de psychomotricien, soutenue en 2002.
.En 2000 je suis devenu Directeur de l’IFP car la réglementation le permettait.

Tout ceci à Bordeaux ?
DG :    Oui toujours à Bordeaux. Je vis actuellement dans la maison familiale près de l’Hôpital Charles Perrens où j’avais l’habitude de jouer quand j’étais enfant.

Avez-vous exercé en tant que psychomotricien ?
DG :    Je n’ai quasiment pas exercé en tant que psychomotricien.

Mais on voit bien l’intérêt que vous continuez de porter pour la psychomotricité avec vos publications récentes…
DG :    Évidemment je pense toujours à la psychomotricité, tous les jours.


« Question révélation » : Comment avez-vous découvert la psychomotricité ?

DG :    Je n’ai que très peu de souvenir, ce n’était pas une révélation, j’ai eu mon concours après la première année de formation comme ça se faisait à ce moment-là. Il y avait alors 11 instituts de formation en France.
Puis, avec la baisse brutale du numerus clausus et une perte d’intérêts pour la formation en psychomotricité, le nombre d’instituts de formation s’est retrouvé à 6.

Et aujourd’hui ?
DG :    Aujourd’hui, j’exerce toujours en tant que psychologue au sein de la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique du Centre hospitalier Charles Perrens. En effet, le poste de directeur de l’IFP de Bordeaux ne s’exerce pas à plein temps.


« Question savoir-faire et savoir-être » : Quelles sont les qualités requises qui, selon vous, seraient primordiales pour la pratique de votre métier ?

DG :    Il y en plein bien sûr.
Par exemple un enseignant m’a rapporté que des élèves de deuxième année n’ont jamais pris d’enfants dans leurs bras. Il y a des choses dont on ne peut pas se passer en psychomotricité et on peut considérer que le portage est un savoir-faire incontournable pour le psychomotricien.
Comme pour les coordinations dynamiques générales, il paraît important de ne pas avoir de troubles de ce côté-là pour le psychomotricien.
Il faut aussi savoir gérer une relation dissymétrique entre un patient et un soignant, en tant que psychomotricien on ne raconte pas sa vie, on écoute plus que l’on parle.


« Question transmission » : Que conseilleriez-vous à un étudiant s’interrogeant sur le métier de psychomotricien ?

DG :    Qu’il regarde notre clip sur le site internet de l’IFP de Bordeaux. Le clip représente bien la réalité du triptyque de la formation entre concepts théoriques, stages et pratiques. On y voit, par exemple, lors des cours de pratique, l’aménagement de la salle de psychomotricité et ce que les psychomotriciens y font.
En visionnant les clips des autres filières On y voit bien les différences avec les métiers de kinésithérapeute, ergothérapeute. Le type de patients n’est pas du tout le même, l’activité des psychomotriciens non plus, ce sont des métiers complètement différents.
Après, c’est aux jeunes de se projeter dans la pratique qu’ils souhaitent avoir en tant que psychomotricien. Par exemple, tous les ans la part des psychomotriciens en libéral augmente d’un point, pour arriver cette année à 17%. L’exercice du métier en libéral et en salarié est très différent.


«  Question Yin-yang » : Quels sont selon vous les avantages et les inconvénients du métier ?

DG :    Les étudiants voient le métier avec des images très grossières, ce qu’ils veulent c’est “aider les autres”, travailler “dans le médical”, “s’occuper des enfants”. Et puis la question du salaire n’est pas très encourageante selon eux, mais en réalité à l'hôpital par exemple on est sur les mêmes grilles que les kinés.


« Question autour du monde » : Dans un résumé de votre thèse en anglais vous ne traduisez pas le mot psychomotricité. Aujourd’hui comment évoque-t-on la psychomotricité à l’étranger ?

DG :    Il y a un article dans le Thérapie psychomotrice n°179, fait par des étudiants de deuxième année à la Salpêtrière, intitulé : La psychomotricité ici et ailleurs. Ils parlent de la psychomotricité en Espagne, en Suisse, et de la recherche en psychomotricité aux États-Unis. Aujourd’hui aux États-Unis l’adjectif « psychomotor » existe. Dans cet article on y évoque des chercheurs qui s’intéressent aux troubles psychomoteurs. La psychomotricité aux États-Unis semble être incluse dans les techniques psychothérapiques à médiation corporelle.

Mais comment traduire le métier de psychomotricien et la discipline de la psychomotricité ?
DG :    Comme la formation n’existe pas, le terme de psychomotricien n’existe pas en anglais.
Si on veut évoquer la discipline on peut dire « psychomotricity ».
La discipline à part entière n’existera que dans une classification universitaire. A mon avis elle n’existera que dans une discipline “rééducation” qui intègrera les psychomotriciens, les ergothérapeutes, les orthophonistes, les kinés. Mais tout cela doit se faire de manière universitaire et cela paraît impossible dans un pays libéral comme les États-Unis où on va chez des commerçants qui nous vendent un soin avec même quelques fois des offres promotionnelles !
Cette discipline pourrait s’intégrer dans les formations de santé à travers des cours de danse-thérapie, de relaxation…


«  Question librairie » : Des ouvrages fondamentaux ?

M. GRABOT les a sur son bureau.
Il nous montre :
Être psychomotricien : Un métier du présent, un métier d'avenir - Catherine POTEL - 2010
Julian de Ajuriaguerra et la naissance de la psychomotricité : Volume 1, Corps, tonus et psychomotricité - Fabien JOLY et Geneviève LABES - 2008
Thérapie psychomotrice avec l'enfant ; la rencontre en son labyrinthe - Françoise DESOBEAU - 2008
Manuel d'enseignement de psychomotricité Tome 1, 2 et 3 - de Philippe SCIALOM, Françoise GIROMINI et Jean-Michel ALBARET - 2015


« Question choisir c’est renoncer » : Avez-vous une médiation de prédilection ?

DG :    Non.


« Question survie » : Quel est l’objet indispensable du psychomotricien ?

DG :    Le tapis, pour la pratique corporelle.


« Question sky is the limit » : Quel avenir pour la psychomotricité ?

Mr GRABOT prends la feuille de route de la Grande Conférence de Santé et nous lit certaines mesures.

DG :    La Grande Conférence de Santé a eu lieu le 11 février 2016 avec pour titre Accompagner le progrès en santé : nouveaux enjeux professionnels. Un certain nombre de mesures ont été présentées, certaines nous concernent :
Mesure n° 13 : Confier - à moyen terme - aux universités l’encadrement pédagogique des formations paramédicales
Mesure n°14 : Étendre la logique d'évaluation de l'enseignement supérieur aux écoles et instituts de formation paramédicaux
Mesure n° 15 : Concourir à l'émergence d'un corps d'enseignants chercheurs pour les formations paramédicales
Ces mesures me conviennent mais il faut que ça soit mis en pratique, que les budgets suivent.


« Question Denis Grabot » : Vos lectures du moment ?

DG :    En ce moment ma clinique c’est le psychotraumatisme, alors j’essaie de lire sur ce thème.

Et film d’actualité ?
Le documentaire Bouton de nacre (sortie le 28 octobre 2015) m’a pas mal marqué.


Réalisé par Thibaut P. pour LaBalleaPicots.com

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