Interview du Syndicat National d'Union des Psychomotriciens - Yannick Thomas

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Nous rencontrons Yannick Thomas, psychomotricien et directeur général du Syndicat National d'Union des Psychomotriciens (SNUP). C'est dans le cadre de ses fonctions au SNUP que nous le sollicitons. En cette heure matinale, autour d'un café bien chaud, il nous accorde de son temps et nous accueille dans les locaux du SNUP à Ivry-sur-Seine pour nous faire partager son expérience. Florence Bronny, présidente du SNUP, est présente lors d'une partie de l'interview et participe à la discussion.



Le SNUP… mais encore ?

« Question spatiale » : Le SNUP possède donc ses propres locaux ?

Le SNUP possède ses locaux depuis 1999. Auparavant, nous étions locataires dans différents endroits sur Paris. En 1999, nous avons ressenti le besoin de pouvoir accueillir les psychomotriciens avec le sentiment d'être chez nous, d'avoir un accueil pour le secrétariat, pour la revue et pouvoir recevoir les psychomotriciens pour l'ensemble des formations. Le dernier local était dans le quartier chinois, au 16ème étage et on avait 30m². C'était un peu compliqué. En 1999, nous avons donc eu l’opportunité d'être dans ce quartier en devenir. Nous avons acheté cette première partie, puis il y a deux ans la partie d'à côté afin d'avoir un plateau technique pour l'ensemble des formations.

« Question temporelle » : Comment est née le SNUP? Qui en est à l’origine et depuis quand existe-t-il ?

Ce n'est pas une personne mais un ensemble. Il a commencé à émerger en 1962. Il est né officiellement en 1964. A l'époque, il ne s'appelait pas le SNUP mais le SNRTP : Syndicat National des Rééducateurs et Thérapeutes en Psychomotricité.

Ce n'est que plus tard qu'il a pris le nom de SNUP, suite à une scission qui a donné naissance au SNUP. Il y a eu d’une d’une part le SNUP et d’une autre la FFP. La raison était une divergence politique. La naissance du SNUP s'est faite conjointement avec la mise en place du premier certificat de psychomotricité, à la Salpêtrière, avec un ensemble de personnes qui réfléchissait à la place d'une future profession.

Cela s'est construit ainsi, avec l'envie de pouvoir installer la profession dans une pérennité. Il fallait donc une structure associative et syndicale. Ce sont des années qui ont été très intéressantes et très riches dans la réflexion, avec des débats virulents. Il y avait deux orientations politiques : créer un Diplôme d'Etat ou intégrer le pôle universitaire. Au fur et à mesure des d'années et de démarches politiques, c'est le diplôme d'Etat qui est ressorti. Aujourd'hui, je ne suis pas sûr que ce fût une bonne idée mais cela reste une réflexion très personnelle. Je pense que les personnes qui ont réfléchi à cette notion de diplôme universitaire étaient parti dans une optique très intéressante. D'ailleurs au jour d'aujourd'hui, nous sommes encore sur la question.

Voilà donc le contexte de la naissance.  Au départ, il s'agissait d’un système associatif dans une ambiance de syndicalisme très bon enfant. Mais ce sont aussi tous ces échanges qui ont amené à ce que la psychomotricité soit ce qu'elle est aujourd'hui. Nos pères ont été

véritablement très tenaces. Il faut se rappeler qu’à l'époque les kinésithérapeutes ne voulaient pas entendre parler de nous. Nos pères devaient se battre contre les avis extérieurs mais aussi avec les tensions internes. Tensions internes qui étaient tout à fait logiques car on avait un champ professionnel totalement ouvert. On ne savait pas où on allait. A l'époque, il n'y avait pas encore de base théorique ni de concept psychomoteur comme nous avons aujourd’hui. Il y avait une recherche importante de champs théoriques. Bien évidemment, nous avons été chercher dans le champ de la psychologie qui a beaucoup nourri et étayé les fondements de la psychomotricité pendant plus de 30 ans.

Alors pourriez-vous nous expliquer quel est le rôle du SNUP dans le monde de la psychomotricité ?

Je crois qu'il faut être humble par rapport à tout ce parcours. Le SNUP n'a été qu'un maillon dans le travail de réflexion.

Au départ, dans les années 1985, le SNUP était très politisé, dans le sens d'une réflexion politique sur l'avancée de la profession. Il y avait des débats internes forts qui ont permis d’engranger toute une réflexion sur la profession et de monter les premiers édifices.

La FFP dans les années 70 a permis d'établir tout un jeu d'équilibre avec le SNUP. Il faut savoir que jusque dans les années 90, une guerre sanglante a eu lieu entre la FFP et le SNUP : au niveau des personnes mais aussi au niveau de la réflexion politique. Globalement, les objectifs étaient les mêmes mais les chemins pour y parvenir différents. En plus, il s'agissait de deux démarches différentes. Le SNUP a toujours pris son temps au niveau de la réflexion et s'est accompagné d'un travail d'élaboration, d'écriture. Ce qui fait que parfois, le SNUP se trouvait un peu en décalage par rapport aux attentes des professionnels de terrain.
Mais cela a permis d'avoir un équilibre. Il y a eu également d’importants conflits de personnes. Quand je suis arrivé à la présidence en 1995, le SNUP et la FFP ne pouvaient pas se voir. Il a fallu beaucoup de temps pour renouer des liens suite à une méfiance de part et d'autre. 

Le travail du SNUP est de se mettre au service des psychomotriciens, à la fois dans la réflexion politique et une réflexion théorico-clinique. La première revue « Thérapies Psychomotrices » est parue en 1963. Puis à partir de 1985-86 le SNUP a proposé un secteur « formation ». Il existe également les journées annuelles. Les premières datent de 1964 et le rythme continue à environ un congrès par an. Récemment, nous avons fêté nos 45èmes journées annuelles.

Ce qu'il faut voir également, c'est l'histoire de la profession. C'est une profession jeune. Il a fallu qu'elle fasse ses preuves, se fasse connaître. Cela fait seulement 10 ans que lorsque nous nous déplaçons au ministère, on ne nous pose plus la question : « mais qu'est-ce que vous faites ? C'est quoi la psychomotricité ? ». A chaque fois il fallait ramener les éléments, réexpliquer… et au bout du compte c'était : « Mais vous n'êtes pas une secte ! ».

« Question fil d’actu » : les sources d’informations en lien avec la psychomotricité se multiplient sur les réseaux sociaux… Par quel biais peut-on retrouver les infos exclusivement publiées par le SNUP ?


Sur le site www.snup.fr. Le SNUP a également un profil Facebook que j'anime en collaboration avec une administratrice. Nous sommes sur Twitter. Nous avons d'autres idées également, comme la création d'un blog pour les journées annuelles avec un ensemble de vidéos, les retours des journées...

 « Question Club des cinq » : Qui peut faire partie du SNUP ?

Au conseil d'administration, toute personne intéressée pour donner un peu de son temps bénévolement et qui a envie de réfléchir autour de la profession. Tous les psychomotriciens peuvent participer à la vie syndicale. On manque de bras, toujours. C'est du bénévolat et il y a énormément de travail. Pour donner un exemple, lors de ma présidence, je travaillais 60 heures par semaine... en plus de mon activité professionnelle. Ce sont  pour moi des questions de conviction. Qu'est-ce qu'on a envie de défendre comme valeur pour la profession ? Cette question constitue le terreau essentiel des personnes qui sont au SNUP. Ce sont des valeurs professionnelles, des valeurs déontologiques, le respect de la profession, de la personne. C'est de pouvoir proposer pour les générations futures une profession qui permette d'en vivre.

Entre les années 60 et 80, les psychomotriciens avaient des « bouts de temps » dans les institutions. Aujourd'hui, il existe beaucoup plus de plein temps. Les champs professionnels s'ouvrent de plus en plus.
Au départ, les psychomotriciens étaient un peu cantonnés à l'enfant et à la psychiatrie de l'enfant. C'est pour cela que les psychomotriciens sont extrêmement pointus dans le domaine de l'enfance. C'est un peu notre berceau. Après, ils ont pu entrer dans d'autres domaines comme la psychiatrie adulte, la prévention, auprès des personnes âgées. Aujourd'hui, dans les différents plans annoncés : plan Alzheimer, plan autisme, le psychomotricien est reconnu. Mais derrière tout cela, il y a  du boulot, un gros travail en sous-terrain…, ce qu'on ne voit pas toujours ! Le gros point noir du SNUP, c'est qu'il n'a jamais voulu ou osé se mettre en avant. Quand il y a une avancée pour la profession, on ne dit pas « le SNUP a obtenu cela ». La FFP le fait plus facilement.

Pour nous, toutes les écoles ont leur place, privées ou publiques. Cela crée un équilibre. On doit pouvoir choisir. Cela fait partie des valeurs du SNUP. A un moment donné, il y avait l'école de Toulouse qui était en difficulté. Nous avons écrit aux responsables de l'université pour que l'école de Toulouse ne ferme pas. Nous ferions pareil pour toutes les autres écoles.

Y a-t-il un organigramme du SNUP ? Combien êtes-vous ?

Oui. Il y a du mouvement car nous sommes des bénévoles. Chaque année, il faut remettre en place l'organigramme suite à l'assemblée générale.

D'un côté, il y a le conseil d'administration. Dans le statut du SNUP, cela représente 12 administrateurs. Actuellement, il n'y en a que 9 ou 10. Il existe des groupes de travail qui sont bénévoles et sont gérés par le conseil d'administration. Ils ont un ensemble de tâches à effectuer. Pour la revue cela représente 6 ou 7 personnes, pour les journées annuelles cela représente 6 personnes,... Il y a également des personnes qui viennent nous soutenir pour des réflexions particulières. Si nous regroupons l'ensemble des bénévoles, cela représente une quarantaine de personnes. Certaines ne sont là qu'une fois dans l'année pour un événement particulier et d'autres sont là au quotidien, comme l'équipe de la revue.

A côté de cela, il existe une équipe salariée avec une secrétaire à plein temps, un comptable, un secrétaire à l'information à ¾ temps, un directeur général à plein temps. Ensuite, il existe les partenaires c'est à dire des prestataires de service : une maquettiste, un webmaster depuis 2007. Quand il y a nécessité, nous faisons appel à d'autres prestataires de service.

Comment sont élus les représentants du SNUP ?


Lors d'une assemblée générale, chaque année. Il faut savoir qu'un syndicat professionnel est basé sur le système associatif : assemblée générale, élection des administrateurs. Après élection des administrateurs, ces derniers se réunissent et élisent le bureau. Les administrateurs du SNUP sont élus pour 3 ans et renouvelables par tiers chaque année pour garder une pérennité du conseil d’administration. Chaque année, le bureau est réélu lors du conseil d'administration qui suit l'AG.

« Question Picsou » : A quoi sert l’argent des adhésions? Et quel est l'intérêt d'être adhérent ?

Cela sert pour le partage de valeurs et d'idées politiques pour la profession. On s'investit soit par la cotisation soit en participant à la vie associative. Cela permet d'avoir des revenus pour pouvoir faire fonctionner l'ensemble. Le ministère ne paye pas nos déplacements. Au conseil d'administration, les gens ne viennent pas tous de Paris, ils viennent d'un peu partout en France. Il y a toute une structure à faire vivre.

De plus, depuis 2001, lorsque l'on adhère au SNUP, on est couvert par une assurance professionnelle dans l'idée de pouvoir défendre les psychomotriciens dans le cadre de procédure de justice, par exemple. Cela explique le prix de la cotisation. Le coût de l'assurance est compris dedans, même si le SNUP prend 50% à sa charge.

Chaque adhérent possède le même statut. Le prix de la cotisation s'adapte à chacun en fonction du statut : professionnel, chômeur, étudiant ou retraité.

En 1995, le budget annuel à l'époque était de 200 000 francs (ndlr cela correspondrait à environ 41 200 €). En 2014, lorsque j'ai quitté la présidence, il était de 800 000 euros.

Combien y’a-t-il d’adhérents à la SNUP ?

Entre 200 et 700 suivant les années.  Cette année, le nombre est d’environ 300 car peu de relance ont été faite. Le chiffre reste très variable en fonction des évènements, du fait que l'on ait communiqué ou pas.

« Question militante » : Quelles actions avez-vous déjà mené dans le passé ?

 

Le SNUP a été présent pour le premier certificat de psychomotricité et lors de la création du Diplôme d'Etat, avec  de nombreux échanges avec le ministère dans les années 70. C'était l'époque où la FFP était opposée au diplôme universitaire.

Il y a eu également la dénomination du terme de « psychomotricien » car avant on parlait de « Rééducateurs en psychomotricité ».

Il y a eu le décret d'actes de 1988.

En fait, tout le travail du SNUP tente de pérenniser la profession. Actuellement, il y a le principe de réingénierie depuis 2009 et qui se relance. Pour ce projet, le SNUP et la FFP vont dans le même sens. L'idée du master et le fait que 3 ans ne sont pas suffisants pour les études. La profession doit pouvoir s'enraciner grâce à la Recherche. Pour l'avenir, tout passe par la Recherche. Or, avec une licence, on n'accède pas à la Recherche.
D'autant plus que le système de santé en France reste fragile et si nous n'avons pas d'embase professionnelle, nous risquons d'être balayés. C'est une certitude et c'est ce qui a été le cas au Canada. Les psychomotriciens n'ont pas voulu s'embrigader dans quelque chose de politique pour pouvoir donner une assise à la profession. Au Canada, la profession de psychomotricien n'existe pas. Les psychomotriciens qui partent là-bas font un peu de tout, contrairement à ce qui peut se passer en France. En France, la profession a grandi, elle a pris de la maturité. De 5 écoles, aujourd'hui nous sommes à 12 ou 13 et d'autres qui vont ouvrir. Cela montre bien qu'il y a une demande.

On a parlé du Canada. Actuellement, il y a également la question de la Belgique !

Oui et nous soutenons la Belgique pour qu’il y ait une officialisation du diplôme et de la profession. Nous avons diffusé un courrier  sur les réseaux sociaux.

En Belgique, le problème est plus complexe car il est intriqué dans la difficulté de trouver un consensus entre les flamants et les wallons. C'est l'Histoire de la Belgique ! En Wallonie, il  existe quelque chose au niveau de la psychomotricité mais au niveau fédéral, ce n'est pas reconnu. Et c'est là où ça coince, d'où les déclarations de la ministre... un peu fracassantes. Nous avons des contacts privilégiés avec Jean Pierre Yernaux, Vice-Président de l'Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones. C'est l'Europe... les accords de Schengen, c'est à dire la libre circulation des personnes et des professions.

Pour rentrer un peu plus dans les conflits internes... Au niveau européen, il existe un forum européen avec un seul représentant par pays. A une époque, la FFP voulait qu'on fasse une confédération pour pouvoir siéger au forum européen. Pour nous, il était hors de question, sur le plan politique, de faire alliance. On pourrait travailler sur le dossier mais il y a des choses avec lesquelles on n'est pas en accord avec la FFP. Si c'est pour créer une confédération où on se tape dessus à l'intérieur, ce n'est pas la peine. Donc ils n'ont pas voulu de nous au forum européen et c'est la FFP qui est représentée. Ils ont pris un représentant par pays. Le syndicat Belge y a adhéré. Ce qui est une bonne chose mais il existe cependant une clause d'exclusivité : à partir du moment où l’on signe avec le forum européen, on n'a pas le droit d'être en contact avec d'autres syndicats. Je ne vois pas pourquoi, Jean Pierre Yernaux non plus. De plus, il y a environ 4 ans, nous avons fait les Journées Annuelles en Belgique, ce qui a déplu totalement.

« Question syndiquée » : Quelle place avez-vous auprès des syndicats tel que la CGT, la CFDT, FO etc... ?

Les grandes centrales syndicales représentées ? Oui il existe des liens, des soutiens pour les manifestations, par exemple en 2014. Nous sommes en lien avec les secteurs « santé » de ces grandes centrales. Nous avons également un lien syndicat stable avec l'ordre des kinésithérapeutes.

« Question ronchonchon » : il est souvent reproché aux divers syndicats de mal communiquer concernant leurs actions et les informations qu’ils ont pu obtenir auprès des ministères. Qu’est-ce que le SNUP peut dire de cela ?


Il y a beaucoup de réunions, de réflexion et bien sûr cela prend du temps. C'est le temps de l'élaboration. Un travail à plusieurs. Il faut trouver des consensus. Puis synthétiser l'ensemble.
La difficulté avec les réseaux sociaux, c'est que l'information va vite. Il ne faut pas traîner. De notre côté, cela ne peut pas se passer dans la même temporalité. L'idée est d'être dans un travail de fond. Il faut un temps d'élaboration. Après, les retours de bâtons, nous les avons forcément. Florence Bronny ajoute : « Cela reviendrait à dire qu'un compte-rendu de bilan psychomoteur, ça ne sert à rien. On sort d'une réunion, on met 2-3 jours à comprendre, à digérer l'ensemble, il faut un temps qui est nécessaire et incompressible. On sort ce qu'on peut donner, en tant que bénévole. On ouvre une parenthèse, puis on va au travail et alors on ferme cette parenthèse puis on la ré-ouvre plus tard ».

« Question tabou» : Certaines personnes ont tendance à faire le lien entre l’ISRP et la FFP ainsi qu’entre le SNUP et la Pitié-Salpêtrière. Que pouvez-vous nous en dire ?

Le SNUP travaille avec toutes les écoles. Moi-même je suis issu de l'ISRP. Peut-être au tout début, au niveau historique il y avait des contacts avec des personnes venant de la Pitié Salpêtrière. Ce lien se fait donc à un niveau historique mais pas au niveau de l'évolution. 

A un moment donné, un Diplôme Universitaire avait été créé à la Pitié Salpêtrière sur la recherche et le SNUP soutenait et diffusait l'information simplement. De temps en temps, nous louons nos locaux à la Pitié-Salpêtrière mais parce qu'on nous l'a demandé. Mais une autre école nous le demanderait, on ferait la même chose.
 
Et avec l'AFPUP (Association pour la Formation Post-Universitaire en Psychomotricité)?

Il existe des liens et des échanges avec l'AFPUP mais cela reste deux choses bien distinctes.

On reproche souvent aux syndicats de mal communiquer. Que pouvez-vous répondre ?

Florence Bronny nous explique: « à partir du moment où il y a des réunions, que ça soit au ministère ou dans différentes structures, ça prend du temps. Et après il y a un temps d'élaboration qui est important. Deuxième point, si on y va tout seul on peut communiquer l'information mais à plusieurs il faut qu'il y ait un consensus. C'est à dire lorsqu'il y a une délégation qui va au ministère, le communiqué ne peut pas sortir tout de suite car il faut qu'il y ait unanimité sur le texte qui va sortir. Après, il y a des informations qui ne peuvent pas être divulguées dans l'immédiat, qui doivent être différées et on se doit de l'accepter ».

La difficulté avec les réseaux sociaux, c'est un principe actuel sociétal qui est : l’information va vite, l'information doit être donnée et on ne doit pas traîner. Mais ça ne peut pas se passer comme ça. La pensée, elle ne peut pas se débobiner dans l'instant. On pourrait donner l'information brute mais ce n'est pas notre idée. L'idée, c'est d'être dans un travail de fond, le dossier a pris aux administrateurs un temps d'élaboration pour en sortir la substance moelle. Si on sort l'information brute et que trois mois après il y a une modification, ça ne va pas.

« Question de Simon » : en 2011 la SOFMER et la SNV ont publié un document de recommandation intitulé : la prévention des chutes. Eléments pour l'élaboration d'un programme d’éducation thérapeutique aux patients après AVC. Une vingtaine de personnes ont participé à l’élaboration de ce document et une dizaine d'autres à sa relecture. Des kinésithérapeutes, des médecins, des infirmiers, des ergothérapeutes et même plusieurs orthophonistes....mais pas un seul psychomotricien alors que la question est au cœur de nos compétences. Comment cela a-t-il été possible et est-ce que quelque chose est fait pour que cela ne se reproduise pas ?

C'est toujours le même principe : les personnes qui travaillent dans des organisations professionnelles, bénévoles et syndicales n'ont pas des temps extensibles. On n'a pas connaissance de tout. Il y a un besoin de faire remonter l'information et de dire « moi je suis prêt à y aller ». On ne peut pas « tout » faire. N'oublions pas qu'ils sont bénévoles. Pour donner un exemple, parfois aucun administrateur n'est disponible pour aller à une réunion qui a lieu un vendredi à 10h. On a l'information et l'invitation mais « on ne peut pas » et on s'en excuse.

Il y a également le fait que quand on est médecin, on peut dégager une journée pour se consacrer à ces actions parce que le salaire le permet. Quand on est psychomotricien, ce n'est pas la même chose. Cela impacte la vie complètement différemment. La question elle est là : comment une petite profession qui a donc de petits revenus, peut faire un travail dans le cadre bénévole qui prend sur sa vie personnelle et financière ?

Il y a aussi l'idée que ceux qui ont des idées sont responsables de leurs idées. C'est de dire « moi je suis disponible pour telle démarche et je donne deux jours dans l'année pour travailler sur une réunion qui est en place et défendre ma profession ». Ce sont ces valeurs là que le SNUP veut diffuser. La participation de chacun, à son niveau, elle est importante. Nous sommes prêts à défrayer les gens afin qu'ils ne payent pas d'avance de leur poche. Une rémunération à hauteur de la convention collective est possible pour les réunions. Il y a aussi le trajet pour se rendre aux réunions. Il faut savoir que trois administrateurs sont sur Paris, tous les autres sont en province. C'est un principe de réalité.

«  Question Avenir » : Nous avons beaucoup entendu parler ces derniers temps de la réingénierie du diplôme. Où en sommes-nous aujourd'hui face à notre mobilisation collective ? 

Florence Bronny questionne : « Comment  sentez-vous les gens autour de cette question ? Il faut savoir qu'à la dernière mobilisation, les étudiants étaient 1 000. Nous avons rencontré les étudiants, nous avons rencontré les professionnels sur différents STAF. Les impressions qui remontent sont que les personnes ne sont pas sûres de vouloir se mobiliser. « Pourquoi le master ? » Les questions engorgent les réseaux sociaux et les gens ne lisent pas ou seulement superficiellement. Alors que la réponse, elle est là mais il faut aller la chercher. Nous prenons beaucoup de temps pour répondons aux questions alors que les réponses sont accessibles.  Il existe un dossier vraiment très complet expliquant le pourquoi du master sur le site « psychomotmaster ».   
Avec le retour de la base que nous avons, nous ne sentons pas les gens très motivés et au clair avec la question. On pourrait faire une mobilisation dans les prochains mois mais qui risquerait de ne pas être suffisante, surtout à quelques mois des présidentielles. Cela n'aurait pas d'impact. La question est aussi d'optimiser notre énergie.
Les gens se disent que « master » c'est augmenter le temps d'étude, ils se projettent et se disent que « moi je n'aurai pas fait 5 ans d'étude »... Sans se rendre compte que finalement, ils ont fait une ou deux années de classe préparatoire avant. Ils ont déjà fait ce temps-là. Il faudrait changer ce processus.

Donc au final, le travail continue. Non pas par la mobilisation de l'ensemble des psychomotriciens mais par le biais d'actions ciblées, par le numérique, en faisant travailler nos réseaux politiques notamment via le plan autisme, via les recommandations HAS... Le principe de réingénierie, qui existe depuis 2009 et représente un travail colossal, est relancé. Le groupe de travail du SNUP perdure afin d'être prêt quand le travail avec le ministère va reprendre. »

« Question Reconnaissance » : Et qu'en est-il de la réévaluation de nos grilles salariales ? Et du remboursement sécu de nos actes ?

La question des grilles salariales, à un moment donné, faisait partie des dossiers travaillés. Mais aujourd'hui c'est impossible. Cela demande un autre travail, une autre approche, de la réflexion qui nécessite du temps et de l'énergie. D'autant plus que les conventions collectives vont être amenées à disparaître pour être sous forme de convention unique. Ce n'est pas une priorité et nous ne sommes pas actif là-dessus.

Par contre concernant la question du remboursement des actes, ma réponse n'engage que moi, Yannick Thomas. A un moment donné, j'étais pour l'idée d'un remboursement des actes. Aujourd'hui, je suis plus circonspect par rapport à la question. Du fait de la dégradation de la sécurité sociale et de cet environnement financier qui concerne les professions de santé. Si c'est pour qu'un psychomotricien soit payé - avec remboursement sécu – disons 15 euros la séance, on risque de tomber dans l'abatage et perdre la qualité professionnelle. On le voit au niveau des kinésithérapeutes. Pour que ce soit rentable et avec un patient à chaque fois, il faudrait faire 14 heures par jour. La majeure partie des professionnels vont prendre 2 ou 3 patients en même temps. En psychomotricité, je ne vois pas comment on pourrait faire, très sincèrement. Ou alors on fait des groupes mais cela reste une indication de soin très spécifique.

« Question papier-crayon » : Comment se positionne le SNUP vis-à-vis de la polémique autour des graphothérapeutes ?

Florence Bronny précise : « Il faut faire une différenciation entre la graphothérapie et la graphomotricité. Au niveau des réseaux sociaux, il y a souvent une confusion et cela s'enflamme vite.
La graphothérapie, c'est un travail psychique, une thérapie à partir de l'écriture et de ce qui se passe dans l'écriture. Je pense que ça, ce n'est pas de la compétence de psychomotricien. Le psychomotricien n'est pas dans un travail d'interprétation. Sauf que, la graphothérapie n'est pas une profession et un certain nombre de personnes dégradent ces aspects-là, le considère comme un travail graphomoteur. Mon point de vue, c'est qu'il faut que le champ de la graphothérapie soit reconnu en tant que tel et hors du champ du psychomotricien ». Maintenant, il est vrai qu’il faut que les choses soient claires, le flou n’est pas tangible, d’où la nécessité que la réingénierie des psychomotriciens soit reprise.



Yannick Thomas… mais encore ?


«  Question Initiation » : Pouvez-vous nous raconter votre parcours dans les grandes lignes en tant que psychomotricien et au sein du SNUP ?

Quand j'étais étudiant à l'ISRP, j'étais déjà très investi dans la vie socio-culturelle. Déjà pour des aspects financiers, il fallait que je paye mes études. J'ai passé mes week-ends à aider Monsieur Hermant, j'ai collé des enveloppes, j'ai été dans des forums pour promouvoir la profession...etc. Ensuite, j'ai eu mon diplôme et j'avais envie de faire quelque chose pour la profession mais je ne savais vraiment pas quoi précisément. J'ai vu que le SNUP cherchait des personnes pour aider à organiser les Journées Annuelles. Et c'est parti de là ! Je suis devenu président et suis resté pendant 20 ans. Je suis resté pour qu'il y ait une embase pour la structure SNUP, pour la profession et des professionnels. On donne. On prend les retours, positifs ou négatifs. Cela fait partie de la règle du jeu.

« Question Peter Pan » : quel métier vouliez-vous faire quand vous étiez enfant ?

Depuis tout petit, je voulais faire médecin parce que je voulais aider les gens. J'ai fait une première année, puis une deuxième année. Et c'est tombé au moment où il y avait les premières grèves universitaires en médecine. On a eu des assemblées générales et là je me suis pris un coup derrière les oreilles parce que l'idée de l’époque était « on ne mélange pas les torchons et les serviettes ». Avec l'idée que ceux qui viennent d'un milieu ouvrier ne sont pas à leurs places. Je me suis dit « je n'ai pas ma place, parce que je ne fonctionne pas comme cela ». Donc j'ai quitté la médecine. J'ai vu quelque chose sur la psychomotricité dans une brochure. Mais déjà, avant cela, mon professeur d’EPS, en Terminale, me disait toujours « de toute façon, vous avez des problèmes psychomoteurs ». Je me suis dit : « Mais qu'est-ce qu’il raconte ? ». Je n'ai pas trouvé grand-chose dans la littérature à l'époque… Mais ça me trottait dans la tête. Puis j'ai vu une publicité pour l'ISRP... J'ai passé le concours de fin de première année. Quand j'ai senti l’ambiance et ce qui se passait, je me suis dit que oui, c'est ça que je voulais faire.

«  Question Bruce Wayne » : Comment réussissez-vous à concilier votre pratique de psychomotricien et vos fonctions au SNUP ?

Pour moi, il s'agit d'un tout !
Après mon travail de directeur général du SNUP, j’ai aussi envie de faire des consultations. La pratique de terrain est essentielle. On est dans l'accompagnement de la personne et la profession de psychomotricien est véritablement une profession humaniste. Depuis que je fais ce boulot, jamais je ne me suis levé un matin en n'ayant pas envie de bosser. Jamais ! J'ai fait beaucoup d'institutions, je voulais avoir un éventail très large au niveau du travail du psychomotricien. Puis en 1990, j'ai eu l'opportunité de m'installer avec un psychiatre et un pédopsychiatre. J'ai dit « banco » et depuis j'y suis toujours. Et je suis entré au SNUP en 1987.

 « Question madeleine de Proust » : Quel est votre premier souvenir de psychomotricien ? Quelque chose de marquant ?

Un jeune enfant. A l'époque, j'étais jeune professionnel aux « bébés nageurs ». Un jeune papa est arrivé avec son fils, un tout petit bébé, une crevette. Il était dans un état dramatique, très hypotonique. Il était suivi au CAMSP à l'époque qui avait émis un pronostic très négatif. Et ce père nous dit : « Je n'ai pas envie de lâcher ». A l'époque, je travaillais en libéral. Il est venu vers moi et m'a dit « On bosse ensemble ! ». J'ai dit « Banco ». Extraordinaire ! Cet enfant a aujourd'hui une trentaine d'années, il a un boulot. Alors qu'à l'époque on ne lui donnait que six mois à vivre. C'est ce regard du père vis-à-vis de cet enfant, ce père qui a passé sa vie pour s'occuper de son enfant. Aujourd'hui, quand je vois ce qu'il est devenu, c'est fabuleux. Je l'ai suivi et accompagné pendant 15 ans. Au-delà du travail de psychomotricien, c'est tout l'accompagnement, le soutien psychologique, tout le travail pour aider le père à mettre en place des choses. Et ça, c'est la récompense d'une vie. La récompense d'une vie professionnelle.

« Question Madame Soleil » : Où imaginez-vous être dans 10 ans ? Quels sont vos projets futurs au sein du SNUP ?

Dans 10 ans, je n'en sais rien. Je devrais être à la retraite mais je pense que je ne la prendrai pas encore, si je peux. C'est vrai que je suis très engagé au niveau du SNUP mais Yannick Thomas n'est pas le SNUP et le SNUP n'est pas Yannick Thomas !
Si je suis encore au SNUP, c'est très bien. Pour continuer à porter, fort de toutes ces expériences et perspectives. Très important pour une profession, les perspectives. « Qu'est-ce qu'on rêve pour la profession ? » Pour qu'une profession avance, il faut qu'elle rêve. L'âme de la profession... ! Il faut faire rêver cette âme-là. Les gens qui l'ont créé l'ont rêvé !

« Question inavouée » : Quelles questions aimeriez-vous que l’on vous pose ?

Vous auriez pu poser la question en préambule : « pourquoi la psychomotricité aujourd'hui ? » Sur le plan sociologique et on rentrerait sur un débat philosophique mais ça pourrait être une question de base, une question fondatrice. « Pourquoi la psychomotricité ? »

« Question balle à picots » : Quelle anecdote rigolote en lien avec la profession pouvez-vous partager ?

J'en ai une, en lien avec le SNUP... J'étais président et il est de tradition que le président face l'ouverture et la fermeture des congrès des Journées Annuelles. J'aime l'écriture mais j'ai toujours eu la flemme d'écrire. Les discours d'ouverture, je les écrivais à 4-5 heure du matin la veille parce qu'avant je ne pouvais pas. Le discours de clôture, je le faisais le matin même ou la veille. Et là, j'étais au niveau du comité d'accueil et on me demandait ce que j'allais dire le lendemain, comment j'allais organiser la chose... parce que c'est important. Et donc un stress pas possible. Et puis à un moment donné, j'ai dit « Tant pis ! », je suis allé aux toilettes et j'ai écrit le discours sur un rouleau de PQ ! Et je suis arrivé le lendemain avec le rouleau et j'ai lu mon discours !

En conclusion de cette interview, je souhaite transmettre l’idée qu'il faut mettre les gens dans la dynamique de la lecture et non pas dans l'immédiateté !! C'est vrai que nous sommes dans une société qui fonctionne dans l'immédiateté mais on ne peut pas fonctionner comme ça. Nous ne pouvons pas être dans quelque chose de pérenne si nous sommes dans l'immédiateté. Pour une publicité oui, mais pour une profession il y a une élaboration derrière.

Interview réalisé en Septembre 2016

Encore un grand merci à Florence Bronny et à Yannick Thomas pour ses échanges riches, passionnés et instructifs. 

Si vous souhaitez les contacter et adhérer au SNUP, consultez leur site en cliquant ici

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